Les tapis d'aiguilles
Lynda Lemay feat Jean-felix Lalanne
paroles Lynda Lemay Les tapis d'aiguilles

Lynda Lemay - Les tapis d'aiguilles Lyrics

J'l'avais pas revu depuis des siècles
Mais je trainais dans mes narines
L'après-rasage de ce mec
Que j'ai connu quand j'tais gamine

Bien sûr j'comprenais le concept
Des petites enfances qu'on abîme
Mais bon j'avais du mal avec
Les étiquettes de victime

Encore hier, toute résiliente
J'peinais à lui jeter la pierre
J'avais dix ans et lui quarante
C'était un collègue de mon père

Quand son regard s'posait sur moi
J'm'arrêtais d'être transparente
J'pouvais lui dire n'importe quoi
Il était l'seul à me comprendre

J'ai jamais eu l'sentiment qu'il
Était en train d'commettre un crime
Faut croire qu'il était très habile
J'ai tout vécu comme dans un film

Même qu'au début de notre idylle
J'ai initié les gestes intimes
Je n'étais pas comme les autres filles
J'tais plus mature et plus coquine

On s'voyait comme des amoureux
Dans l'boisé près d'mon domicile
Cachés en d'sous des résineux
Couchés sur des tapis d'aiguilles



Et c'est les cheveux pleins de brindilles
Que j'revenais à la maison
Comme n'importe quelle petite fille
Qui se roulerait dans le gazon

J'comprenais pas que c'était mal
Même s'il me répétait tout bas
Qu'il fallait jamais que je parle
À qui qu'ce soit de nos ébats

Si j'l'avais dit à mes parents
Les malheureux seraient devenus fous
On aurait puni mon amant
On l'aurait mis sous les verrous

Alors j'optais pour le silence
Et j'attendais sous les sapins
Les mercredis et les dimanches
En sortant d'mes cours de patin

J'voulais qu'on s'marie au plus vite
Qu'on n'ait même pas besoin d'attendre
Que des bougies j'en aie 18
J'voulais qu'y m'fasse la grande demande

Mais tout a tourné au vinaigre
J'ai pas vraiment compris mais pile
À l'automne où j'ai eu mes règles
Il est parti dans une autre ville

Y'a qu'à moi-même que j'en veux
D'avoir été aussi naïve
De l'être même encore un peu
Car je vous avoue qu'il m'arrive



De repenser à son regard
De repenser à son discours
Et de m'surprendre encore à croire
Que c'était pas dénué d'amour

Encore hier c'était foutu
J'arrivais pas à m'sentir sale
Donc j'me disais qu'j'étais tordue
Qu'on était d'égal à égal

Tantôt j'étais à la cuisine
En pleine routine matinale
Un œil sur ma chocolatine
Et puis l'autre en diagonale

Sur la page où dans le journal
Y'a la rubrique nécrologique
Et c'est là qu'mon épine dorsale
A reçu comme un choc électrique

J'ai vu l'visage d'un vieux monsieur
Et au moment où j'l'ai reconnu
Mon vieux paysage a pris feu
Des conifères jusqu'aux feuillus

Puis j'ai senti une vague énorme
Sur mon passé venir s'échouer
Violente comme un torse d'homme
Sur une poitrine pas encore née

J'ai vu qu'il laissait dans le deuil
Sa femme Audrey, sa fille Camille
Je ne connais rien de sa veuve
Je connais pas son orpheline



Mais j'me surprends à être inquiète
C'est comme si j'étais responsable
De c'qu'elle a pu vivre fillette
Sur des tapis de feuilles d'érable

J'aimerais penser que j'suis la seule
À porter des marques d'aiguilles
Si j'avais pas fermé ma gueule
J'aurais pu protéger Camille

Car probablement qu'elle aussi
S'est fait piéger dans les fougères
Qu'elle a délaissé ses amis
Pour aller jouer avec son père

C'est seulement c'matin de bonne heure
Que j'ai compris qu'j'étais victime
J'ai 60 ans mais mon petit cœur
N'a que dix ans dans ma poitrine

C'est seulement c'matin je vous l'dis
Que m'est montée la grande nausée
J'ai recraché ma pâtisserie
Et j'ai pleuré, et j'ai pleuré
Et j'ai pleuré, et j'ai pleuré
Et j'ai... pleuré


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