La nouvelle est tombée en fin de journée, confirmée par ses proches et sa Fondation. Brigitte Bardot s'est éteinte paisiblement à Saint-Tropez, ce village de pêcheurs qu'elle avait contribué à transformer en capitale mondiale de la jet-set, avant de s'y claquemurer pour fuir la foule.
Fragilisée par des problèmes respiratoires récurrents qui avaient nécessité plusieurs hospitalisations fin 2025, la star avait refusé jusqu'au bout de quitter ce refuge entouré d'animaux, fidèle à sa promesse de finir ses jours face à la Méditerranée. Sa disparition marque la fin d'une époque, celle de l'insouciance des années 60, dont elle fut l'astre solaire.
Avant d'être une militante, Brigitte Bardot fut un séisme. Née dans une famille bourgeoise parisienne, elle explose à l'écran en 1956 dans Et Dieu... créa la femme de Roger Vadim. Pieds nus, cheveux lâchés, elle y incarne une sensualité explosive et naturelle qui balaie le puritanisme de l'après-guerre. Elle ne joue pas la comédie, elle est.
Devenue "B.B.", elle s'impose comme l'égale des Marilyn Monroe, mais avec une touche de désinvolture toute française. Muse des plus grands, de Clouzot à Godard (dans le magistral Le Mépris), elle incarne aussi la Marianne de la République. Pourtant, au sommet de sa gloire, étouffée par une célébrité qui confine au harcèlement, elle prend une décision impensable : en 1973, à seulement 39 ans, elle fait ses adieux définitifs au cinéma.
La seconde partie de sa vie sera consacrée aux "sans-voix". Brigitte Bardot vend ses biens, ses souvenirs, ses robes, pour financer son unique passion : les animaux. Son image change. La star glamour laisse place à la militante en treillis, n'hésitant pas à aller sur la banquise canadienne pour dénoncer le massacre des bébés phoques, une image qui fera le tour du monde et changera la législation.
En 1986, elle crée la Fondation Brigitte Bardot, reconnue d'utilité publique. De la lutte contre l'hippophagie à la dénonciation de la corrida et des conditions d'abattage, elle utilise sa notoriété comme une arme, n'hésitant pas à interpeller violemment les chefs d'État et les gouvernements successifs.
Sa fin de vie aura été marquée par une réclusion volontaire et une liberté de ton souvent polémique. Ses prises de position politiques et ses critiques acerbes de la société contemporaine lui vaudront plusieurs condamnations pour incitation à la haine raciale, ternissant son image publique auprès d'une partie des Français.
Pourtant, au moment de son départ, c'est l'image de la liberté que l'on retient. Celle d'une femme qui a vécu selon ses propres règles, refusant les compromis, la chirurgie esthétique et les conventions. Brigitte Bardot n'était pas seulement une star, elle était une force de la nature qui aura consacré la moitié de sa vie à être regardée, et l'autre moitié à nous forcer à regarder la souffrance animale.
Elle repose désormais à La Madrague, ce lieu qu'elle chérissait tant, laissant la France orpheline de sa plus célèbre rebelle.